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Le dimanche 20 mai 2007 Julie La Rochelle Julie La Rochelle était infiniment triste de devoir priver son petit garçon de toutes ces gâteries qu'on appelle gâteaux d'anniversaire, desserts, muffins et biscuits. La maman de Charles-Antoine a décidé d'agir : elle a mis sur pied une entreprise, Aliments Ange-Gardien, qui clame bien hautqu'il peut y avoir du bonheur sur la table des allergiques. Julie La Rochelle est comédienne, mais elle est devenue femme d'affaires par amour. Son entreprise fabrique des desserts sans produits allergènes. Ils sont si bons et si attrayants que tout le monde en mange, y compris ceux qui ne souffrent pas d'allergies. L'Association des gens d'affaires de la ville de Boucherville vient d'ailleurs de lui décerner la Bourse de la jeune entreprise de l'année. Pour souligner sa détermination, La Presse et Radio-Canada ont choisi Julie La Rochelle Personnalité de la semaine. Tout passe par elle Les personnes allergiques peuvent avoir une confiance aveugle en ses produits. On lui marcherait sur le corps plutôt que de franchir la porte de son entreprise avec un paquet de noix dans le sac à main. Les règles sont très strictes pour éviter le risque de contamination croisée. Les desserts sont préparés, scellés et congelés dans une boulangerie spécialisée consacrée uniquement à leur fabrication. Les fournisseurs sont constamment contrôlés : Julie La Rochelle demande systématiquement des analyses de laboratoire. En activité depuis le mois d'avril seulement, l'entreprise attend sous peu sa certification CAC (Contrôle allergène certifié), mise en place par l'Association québécoise des allergies alimentaires afin de combler les lacunes de la réglementation sur l'étiquetage. C'est d'abord elle qui s'est installée en cuisine, chez elle, pour expérimenter des recettes. «Mon conjoint et moi, on adore cuisiner. On est des vrais chefs. Avec le handicap de Charles-Antoine, il a fallu redéfinir toute notre alimentation, ce qui nous a permis de découvrir d'autres cuisines, orientales notamment. On ne trouvait rien d'intéressant sur le marché quant aux desserts. Et je ne voulais plus que mon fils soit mis à l'écart d'une fête d'enfants. Alors j'ai acheté un gros robot culinaire et je me suis lancée.» Son beau-frère Simon Phaneuf, médecin et homme d'affaires, enthousiasmé par le projet, assure le développement de l'entreprise. Et c'est la chef pâtissière Johanne Chartier, elle aussi emballée par la mission, qui met désormais son talent à contribution. «On a déjà 30 points de vente, et il s'en ajoute chaque jour», dit-elle. Le besoin est évident : on estime que, au Québec seulement, près de 300 000 personnes souffrent d'allergies alimentaires. Les témoignages affluent de partout, même d'Europe. «C'est tellement touchant, dit la jeune comédienne, d'entendre que certaines personnes privées toute leur vie peuvent enfin manger des desserts.» Les enfants d'abord Mais cette aventure exaltante, qui la fait travailler sept jours sur sept, met en sourdine une carrière de comédienne active. «Une entreprise est un travail d'équipe, comme un plateau de cinéma.» Écouter et diriger, rassembler et motiver : voilà qui la met en contact avec des talents nouveaux en elle. «La vie nous emmène ailleurs, quelquefois», dit-elle en souriant. Charles-Antoine aura 5 ans cet été. Sa mère, toujours inquiète, peut toutefois respirer un peu mieux à l'approche de son entrée en maternelle, en septembre. Elle sait qu'il connaît bien sa maladie, qu'il se protège lui-même et qu'il aura à l'avenir, dans toutes les occasions de festoyer, un gâteau que les autres enfants partageront avec lui et trouveront délicieux! Heureusement, le deuxième garçon de la famille, Elliot, ne souffre pas d'allergies. Julie La Rochelle reprendra certainement son travail de comédienne un jour ou l'autre puisque c'est une passion qui l'anime depuis qu'elle est toute petite. Née à Québec, fille unique d'un père fonctionnaire et d'une mère enseignante, elle a appris très tôt la valeur du partage. «Ma mère, c'est la bonté sur deux pattes! Mon père donnerait sa vie pour moi.» Tout cet amour rejaillit aujourd'hui dans sa nouvelle mission. À quoi consacre-t-elle sa créativité? «À rejoindre le plus grand nombre possible d'enfants. J'ai de très belles idées à réaliser sous peu», ajoute-t-elle. Et au moins une chose la comble actuellement sur cette nouvelle voie, qui vaut peut-être plus qu'un Oscar: «Je sens que j'apporte du bonheur!»
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