Les allergies alimentaires et la rentrée scolaire
Dans la maison, je sens l’odeur de plastique que dégagent les cartables neufs. La lumière du soleil commence à tomber de plus en plus tôt. Il faut de nouveau penser au réveille-matin, à faire des lunchs et à envisager que la saison des devoirs est sur le point de recommencer… Pas de doute, c’est la rentrée !
Curieusement, cette année, je me sens apaisée. Il s’agit déjà du troisième début d’année scolaire de mon petit Charlot depuis la maternelle et tout ce que nous avons mis en œuvre pour le protéger des vilains allergènes semble avoir fait son chemin. En communiquant bien avec le personnel en place, sans paniquer, mais sans amoindrir les risques de ses allergies alimentaires, j’ai le sentiment qu’un bel équilibre s’est doucement établi entre la prudence nécessaire à sa sécurité et la liberté de chacun.
Je me souviens des moments d’angoisses terribles que nous avons vécus à sa rentrée à la maternelle. Pendant les premiers jours, nous avions toujours un frisson qui nous traversait l’échine chaque fois que le téléphone sonnait pendant l’heure du repas. Nous avons résisté à l’envie de le faire manger à l ‘écart, croyant fermement que de bonnes explications sont plus efficaces à long terme que de « cacher le problème » chaque fois que l’on sort de la nourriture.
Mais maintenant, je sais aussi que le personnel du service de garde de l’école est d’une rigueur impressionnante pour gérer les allergies de Charlot. Ses amis sont aussi les premiers à donner des mises en garde pour le protéger. Pour des parents, cela est bien rassurant.
Retrouver l’équilibre
Ce que je cherche à dire en écrivant ces lignes, c’est qu’il est possible, lorsque l’on est entouré de gens raisonnables, de parvenir à retrouver un certain équilibre. Il s’agit de la première année où l’angoisse se fait moins envahissante au moment de la rentrée.
Nos questionnements face à la nouvelle année scolaire sont redevenus ceux d’une famille normale : est-ce que le meilleur ami de Charles-Antoine sera dans la même classe que lui ? Est-ce que chacun de ses crayons est bien identifié ? Est-ce qu’il aimera son nouveau professeur ? Où trouver ces mystérieux cahiers indigos quadrillés métric 23,2 cm x 18,1cm de 42 pages dont il a tant besoin ?
Les précautions de base
Il restait tout de même le nouveau professeur à mettre au courant des allergies alimentaires de notre garçon. Même si cette rentrée s’annonçait plus rassurante, il ne fallait pas pour autant relâcher notre vigilance !
Lorsque je lui ai parlé, je me suis aperçue que ce nouveau professeur s’est avérée être la maman d’un enfant qui a une allergie aux œufs et au poulet... Inutile de dire que la majeure partie du travail de conscientisation était déjà fait !
À tous les ans, cependant, nous fournissons au personnel une feuille explicative concernant toutes les précautions de base à prendre. Une copie pour le professeur, une autre pour le service de garde et une dernière pour l’infirmière. Cette feuille contient, de façon très concise, toute l’information nécessaire pour éviter des incidents fâcheux. C’est ce que l’on pourrait appeler une sorte de cours « Charlot 101 » :
- Tout d’abord, j’identifie clairement quelles sont les allergies de mon fils. Dans son cas, il s’agit des arachides, des noix, des produits laitiers des œufs et de la moutarde;
- J’ajoute aussi à cette liste tous les synonymes de ces allergènes que l’on peut retrouver dans une liste d’ingrédients (par exemple, pour les œufs, il y a l’albumen, albumine, albumine de l'œuf, conalbumine, globuline, … etc). De telles listes de synonymes existent dans le livre * Peut contenir des traces de bonheur, ainsi que sur le site de l’Association Québécoise des Allergies Alimentaires.
- J’indique quels sont les principaux symptômes d’une crise d’allergie;
- A quel moment donner l’Épipen et appeler le 911;
- Les numéros de téléphone d’urgence;
- Je mentionne que Charles-Antoine a toujours son Épipen ainsi que des comprimés de Bénadryl sur lui, dans une ceinture attachée à sa taille. (De très jolis étuis sont disponibles sur le site : http://www.kozyepi.com/epipen.htm).
J’y ajoute aussi quelques conseils :
- De ne surtout pas faire des bricolages avec des cartons de lait ou des contenant pour les œufs recyclés. (Ni avec tout autre contenant de nourriture, à cause de risques de contamination-croisée);
- De communiquer avec nous s’il y a des activités spéciales avec de la nourriture, comme un gâteau d’anniversaire, des œufs de Pâques ou des bonbons à l’Halloween, car nous pouvons toujours lui fournir un équivalent qui provient de la maison;
- De ne pas faire participer Charlot à des activités culinaires, à moins de communiquer avec nous auparavant, pour que l’on puisse s’assurer que tous les ingrédients sont sécuritaires pour lui. (A ce sujet, vous pouvez lire la chronique Une belle histoire d’allergies, publiée au printemps dernier – hyperlien).
Ça te dérange, les allergies ?
Sa première journée d’école s’est merveilleusement bien déroulée. Je me suis aperçue que tout le personnel s’était donné le mot pour rester vigilant par rapport aux allergies alimentaires.
Charles-Antoine est revenu à la maison complètement survolté. Il n’en finissait plus de vouloir partager avec nous ses nouvelles aventures à l’école. Il nous racontait avec passion qu’il avait gagné au jeu de Bingo organisé par son professeur pendant la journée et que sa montre électronique avait dérangé toute la classe avec sa petite alarme stridente au beau milieu de la matinée !
Après le souper, j’ai profité d’un moment d’accalmie. Je me suis assise près de lui, et je lui ai demandé doucement :
« - Toi, est-ce que ça te dérange, tes allergies ?
Il m’a spontanément répondu :
- Non. Parce que je suis habitué.
Il a pris une petite pause, avant d’ajouter :
- … Et parce que, quand je ne peux pas manger d’un aliment, vous me faites toujours quelque chose de pareil que je peux manger. »
C’est alors que cela m’est soudainement apparu très clairement. Ses allergies alimentaires font partie de lui. Elles font partie de lui comme ses cheveux bruns ou son grain de beauté sur sa joue. Il préférerait bien sûr ne pas en avoir, mais elles sont là et c’est comme ça. Point. Il s’agit de quelque chose qui semble parfaitement assimilé dans sa tête et cela me fait du bien de sentir qu’il n’y a que rarement de la tristesse dans sa voix lorsqu’il en parle.
Ce sera à ton tour
Le lendemain, lorsque je l’ai vu embarquer dans son gros autobus jaune, content d’aller retrouver ses petits amis, j’ai eu un pincement au cœur.
Nous avons tout fait depuis sa naissance pour essayer de rendre sa vie la plus facile, malgré ses allergies alimentaires. Nous avons remué ciel et terre pour tenter de trouver des solutions, nous avons constamment repoussé nos propres limites, nous avons couru les allergologues, nous avons passé des nuits blanches à surveiller sa respiration d’asthmatique, nous avons même fondé une compagnie de desserts et écrit un livre de recettes… !
Mais ce que nous réalisons, en le regardant monter avec ses petites jambes les hautes marches de son autobus, c’est que nous ne pourrons pas toujours tout contrôler… Déjà, une grande partie de sa sécurité est entre ses propres mains.
… Et bientôt, mon beau Charlot, ce sera à son tour de prendre définitivement le relais.
Et tu peux être sûr d’une chose : nous serons toujours là pour toi.
Bonne chance mon grand…
Bonne rentrée !
Vous voulez partager des éléments de votre rentrée scolaire et vos conseils face aux allergies alimentaires ? Écrivez-nous ! Vos histoires sont toujours utiles pour les autres parents !
Julie La Rochelle
Jean-Sébastien Lord

Index des chroniques
Partager sur Facebook
Partager sur Twitter
COMMENTAIRES :

Soyez les premiers à nous envoyer vos commentaires !



