J'haïs «les allergiques» !« Pourquoi mes enfants ne peuvent plus rien mettre dans leur boîte à lunch ? Pourquoi ma compagnie aérienne ne donne plus de petits sacs d’arachides ? J’haïs les allergiques. Ce sont des êtres capricieux, surprotégés, qui nous empêchent de vivre comme on veut ! Et leurs parents… Que dire de leurs parents… Ce sont des vrais maniaques, qui couvent tellement leurs petits qu’ils les étouffent carrément. À force de se faire étouffer comme ça, pas étonnant qu’il y en ait beaucoup qui fassent de l’asthme ! Qu’on les laisse donc respirer un peu, ils ne s’en porteront que mieux… et nous aussi ! »
Ces paroles je les ai déjà entendues. On me les a aussi déjà rapportées à plusieurs reprises. Parfois, j’ai l’impression que si nous voulions que nos enfants qui ont des allergies alimentaires soient considérés comme des emmerdeurs, nous d’agirions pas autrement. Pour gérer la sécurité des personnes allergiques, on ajoute constamment de nouveaux interdits et ce, sans expliquer véritablement la nature et les raisons de ces règlements.
Notre famille se retrouve dans une position toute particulière dans le dossier de l’interdiction d’apporter des arachides et des noix à l’école. Comme notre enfant est allergique aux arachides et aux noix, ce règlement pourrait nous être salutaire... Par contre étant donné que Charles-Antoine est aussi sévèrement allergique au lait, aux œufs et à la moutarde, ces politiques ne changent absolument rien pour nous : il doit vivre dans un environnement où la nourriture des autres le met constamment en danger.
Il faut rappeler que, même si les réactions allergiques les plus violentes sont souvent associées aux arachides et aux noix, celles aux autres allergènes peuvent s’avérer être tout aussi dangereuses et surtout, complètement imprévisibles.
Les politiques d’interdiction des aliments comme les arachides et les noix ne sont pas nécessairement une mauvaise chose. Cependant, nous sommes en droit de nous demander où cela pourra s’arrêter… Car un enfant (ou un adulte) peut être allergique pratiquement a tout… Commencera-t-on à interdire le bœuf parce qu’un enfant est allergique à la protéine bovine ? Que fera-t-on avec les mangues, le blé, le soya ou même le poulet lorsqu’un enfant y est allergique ? Comment se sentira l’enfant (et les parents de cet enfant) lorsqu’il sera détesté par tous les parents et le personnel de l’école, parce que son allergie impose des contraintes alimentaires incroyables à tout le monde ?
Lorsque notre petit Charles-Antoine était en maternelle, son professeur avait banni, pour la collation, tout ce qui n’était pas des fruits ou des légumes. Nous vivions des sentiments contradictoires face à cette situation. Cette décision, il est important de le préciser, ne venait pas de nous. Nous ne l’avions même pas envisagée…
D’un côté, notre fils serait plus en sécurité dans sa classe, cela était indéniable. Cependant, nous étions plutôt mal à l’aise face aux autres parents. Heureusement, ceux-ci se sont avérés être fort compréhensifs et nous n’avons étonnamment pas subi de ressentiment de leur part. Mais aux aliments Ange-Gardien, nous avons eu des témoignages de parents qui s’étaient carrément fait mettre à l’écart à cause de ce genre de demandes, qui la plupart du temps n’émanaient même pas d’eux. Des parents faisaient même des pressions pour que leur enfant ne soit pas inscrit dans la même classe que «l’allergique» !
À moyen terme, avec l’augmentation en nombre et en diversité des allergies alimentaires, les interdictions ne seront pas une solution viable. Il est déjà très difficile de nourrir un enfant qui a des allergies alimentaires pour un parent qui vit avec ce problème à tous les jours. Imaginez, maintenant, le casse-tête pour les parents dont l’enfant n’a pas d’allergies alimentaires et qui doit adapter les repas à l’école aux contraintes de plusieurs camarades de classe qui ont tous des allergies alimentaires différentes… Impossible.
Que faire alors ? En tant que parent d’un enfant multi-allergique, je crois que la principale solution ne se retrouve pas nécessairement dans l’interdiction, mais dans l’information. Il faut parler des allergies alimentaires, il faut que les autres parents et surtout les autres enfants comprennent les dangers que représente une allergie. Il faut que tout le monde soit au courant qu’un enfant peut mourir d’une allergie alimentaire et pas seulement d’une allergie aux arachides…
Quelques autres pistes de solution ? Le lavage des mains avant et après le repas, le lavage méticuleux de la table ou un enfant allergique prendra place, faire réchauffer le repas de l’enfant allergique en premier, lorsque le micro-ondes est encore bien propre. Il faut aussi interdire les «échanges» de collations, bien qu’en général l’enfant allergique est tellement conscient de sa condition qu’il n’est pas porté à agir de la sorte. On peut aussi rêver que de plus en plus de produits sans allergènes deviennent disponibles dans les écoles, les hôpitaux et dans les endroits publics.
Ce sont toutes des mesures qui sont relativement simples à appliquer et peu contraignantes pour l’entourage. Celles-ci peuvent s’avérer fort efficaces, à condition d’être faites de façon constante et rigoureuse pour éviter les accidents. Elles ont aussi l’avantage de conscientiser et de responsabiliser les gens, plutôt que d’ajouter encore des interdits qui mèneront inévitablement à des frustrations qui se retourneront, tôt ou tard, contre les enfants allergiques.
Cependant, il faut aussi accepter qu’il y aura toujours des mécontents et des gens qui refuseront de comprendre les dangers des allergies. L’an dernier, lorsque nous faisions de la recherche sur les allergies alimentaires pour l’écriture du livre «*Peut contenir des traces de bonheur», nous sommes tombés sur un groupe de discussions qui s’appelait « I hate kids with food allergies » sur Facebook. Ce groupe de discussions était formé de parents, mal informés et frustrés de se voir contraints de devoir éviter tant d’aliments dans les repas de leurs enfants… Heureusement, ce groupe a disparu depuis.
Et moi, il m’est déjà arrivé de vivre une situation particulièrement délicate par rapport à la perception négative des allergies alimentaires... En tournée de promotion pour les aliments Ange-Gardien à Toronto, en direct à la télévision, un animateur m’a accueilli en me parlant de sa frustration de ne plus avoir droit à son sac d’arachides en avion ! C’est vous dire à quel point l’entrevue s’annonçait corsée... (Pour ceux qui parlent l’anglais, l’entrevue est disponible sur la page http://guardianangelfoods.com/eng/media.html sous l’onglet du Business News Network)
Donc… Pour ou contre les interdictions sur les arachides et les noix ? Je ne suis pas pour, ni contre, bien au contraire ! Si je suis parfaitement honnête, je peux vous assurer que je n’ai pas une opinion bien arrêtée là-dessus. La sévérité de certaines réactions aux arachides me fait beaucoup réfléchir, mais je crois que nous avons atteint la limite de ce que nous pouvons imposer aux autres parents. Étant donné que le nombre d’enfants allergiques est encore en hausse, il faudra se tourner vers de nouvelles solutions.
Par contre, je suis pour un débat. Je suis pour qu’on en parle. J’aimerais bien que les gouvernements commencent à s’intéresser à ce qui est devenu un véritable problème de santé publique. Je suis pour que l’on puisse s’asseoir à une table et commencer à discuter de l’importance d’établir des politiques communes à toutes les écoles et garderies, afin de garantir à la fois la sécurité et la bonne intégration de nos enfants allergiques.
Julie La Rochelle
Jean-Sébastien Lord

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