Le Challenge aux arachides
J’étais dans la salle d’attente de l’hôpital. J’attendais que le médecin nous appelle, moi et Charles-Antoine, mon petit garçon. Je regardais tous les autres enfants s’amuser avec des jouets dans la grande salle avant d’être appelés à tour de rôle pour leur examen en allergologie. Non, vraiment, me suis-je dit, nous ne somme pas les seuls à vivre avec des problèmes d’allergies…
Charles-Antoine n’avait que cinq ans, mais il ressentait très bien que ce rendez-vous serait inhabituel. Les derniers tests sanguins et cutanés n’avaient donné qu’un résultat très faiblement positif pour l’allergie aux arachides. L’allergologue avait donc décidé de donner à mon garçon l’ultime défi en matière d’allergies alimentaires : il allait lui faire passer ce que l’on appelle un challenge.
Imaginez… Il allait lui faire manger des arachides ! Pour nous, cela était vraiment incroyable. Il allait lui donner quelque chose que nous évitions comme la peste à la maison et que Charles-Antoine a toujours considéré comme étant un poison mortel, au même titre que du Drano pour déboucher les tuyaux.
Petite mise en garde avant de poursuivre, un challenge comme celui-ci entre, évidemment, dans la catégorie : « N’essayez surtout pas cela à la maison »…
Les premiers essais
L’allergologue nous a alors invité à entrer dans son bureau. Après un examen assez approfondi de son état général, il a tendu à Charlot un premier échantillon de nourriture qu’il devait manger. Celui-ci, sans hésiter, l’a courageusement avalé. Puis, nous sommes allés patienter dans la salle d’attente, en essayant de penser à autre chose qu’au challenge en cours.
Dans ce premier échantillon, il n’y avait pas du tout d’arachide, mais il ne le savait pas. De cette manière, si un enfant trop nerveux ressent un malaise suite à l’ingestion de cette première bouchée, on arrêtera le test, car il sera impossible de déduire par la suite si c’est la nervosité ou l’allergène qui le fait réagir.
Quinze minutes plus tard, nous sommes retournés dans le bureau de l’allergologue. Évidemment, il n’y avait aucune trace de réaction allergique. Charles-Antoine, encouragé par cette première bouchée, a avalé le second échantillon que l’allergologue lui a tendu et il est retourné dans la salle d’attente, pour un autre quart d’heure.
Le second échantillon contenait, lui, une petite quantité d’arachides. C’est à ce moment que mon niveau de stress a commencé à augmenter. J’étais à l’affut de la moindre rougeur, de la moindre respiration un peu sifflante, du plus petit toussotement…
Quinze minutes plus tard, c’était le retour au bureau de l’allergologue. Après un court examen, il n’y avait toujours aucun symptôme d’une réaction allergique. Ils ont augmenté encore une fois la dose d’arachides dans l’échantillon suivant, avant de nous libérer de nouveau pendant un autre quart d’heure dans la salle d’attente.
Le biberon maléfique
Après quatre ou cinq allers-retours dans le bureau de l’allergologue, un bébé qui transportait un biberon dégoulinant de lait s’est approché de Charlot. Le bébé était tout sourire, il voulait le toucher et jouer avec lui.
Charles-Antoine, nerveux à la vue du biberon lait, reculait de plus en plus. Le bébé s’est rapproché de nouveau, croyant à un jeu. Coincé, dos à un mur, j’ai alors vu que mon petit garçon avait les larmes aux yeux et qu’il commençait à paniquer. Même si son allergie aux arachides semblait presque disparue, celles au lait, aux œufs et à la moutarde étaient encore particulièrement sévères.
Il faut aussi comprendre qu’une seule goutte de lait sur le bras de Charles-Antoine aurait pu créer une petite réaction allergique et fausser les données du test. Tout aurait été alors à recommencer, quelques mois plus tard, après avoir retraversé toute la longue liste d’attente pour les challenges. Étant donné qu’un challenge monopolise une infirmière pour une bonne partie de la journée, ce n’est qu’au compte-goutte que les enfants peuvent avoir l’occasion d’en passer un…
J’ai alors dû intervenir délicatement auprès des parents du bébé en leur expliquant que mon garçon était allergique au lait… Ceux-ci, compréhensifs, ont doucement éloigné leur jovial bébé du voisinage immédiat de Charles-Antoine.
Il faut dire que dans une clinique d’allergologie, les parents sont d’emblée sensibilisés à ce genre de problématique. Cependant, je n’ai pu faire autrement que d’être attristée de devoir repousser les avances enthousiastes de ce bébé…
Non, ce n’est pas normal pour un enfant de cinq ans d’être terrorisé par un biberon.
Le repas final !
Après plusieurs heures de ce même manège, tout se déroulait rondement et la tension diminuait peu à peu. La dernière étape – et la plus spectaculaire - du challenge consistait à manger tout un biscuit avec le contenu complet d’un petit carré de beurre d’arachide.
L’heure du dîner était passée depuis un bon moment et Charles-Antoine a avalé son craquelin tartiné généreusement de beurre d’arachide avec appétit :
« - Maman ! J’aime ça, moi, le goût du beurre d’arachides !
- Moi aussi, j’aime ça… », ai-je répondu, la voix tremblante d’émotion.
Nous sommes sortis de l’hôpital une bonne demi-heure plus tard. Il n’y avait toujours aucune réaction allergique visible. Quel bonheur ! Charles-Antoine, lui, éprouvait un véritable sentiment de fierté d’avoir réussi à venir à bout de ce challenge.
Puis, je me suis mise à penser aux petits matins avec des rôties au beurre d’arachides, aux collations où l’on pourrait enfin prendre plaisir à écaler des arachides, j’avais hâte de cuisiner des satays… J’étais surtout particulièrement contente d’avoir un aliment de moins à me soucier des « traces de… » !
Une fausse victoire.
Suite à ce challenge réussi, l’allergologue nous a dit qu’il fallait continuer de lui donner des arachides régulièrement pendant quelques mois pour nous assurer que son corps continue à bien les tolérer. Ce que nous avons fait, bien sûr, avec joie. Nous avons pris plaisir à le photographier en train de manger un gros sac d’arachides et nous avons réintroduit en grandes pompes cette légumineuse dans notre alimentation.
Après ces quelques mois cependant, le destin a semblé s’acharner : c’est notre deuxième enfant qui a eu de l’urticaire après un contact cutané avec du beurre d’arachide ! Découragés, nous avons cru qu’il avait, lui aussi, développé une allergie aux arachides. Dans notre famille, il n’y a plus rien d’étonnant…
En attendant de passer des tests, nous avons momentanément cessé de consommer des arachides à la maison et, par conséquent, nous en avons donné un peu moins régulièrement à Charles-Antoine.
Heureusement, après les tests en allergologie, nous avons découvert qu’il s’agissait d’une fausse alerte pour notre plus jeune enfant : il n’était pas allergique aux arachides... Lorsque cela fut confirmé, nous avons recommencé à acheter du beurre d’arachides. Nous en avons redonné à Charles-Antoine.
Et aussitôt après sa première bouchée, il s’est écrié : « Ça me pique dans la bouche ! ».
À la visite suivante chez l’allergologue, il a été de nouveau confirmé qu’il était redevenu allergique aux arachides. Il s’était sournoisement « resensibilisé » pendant la période ou nous avions évité les arachides pour protéger notre plus jeune…
Vous savez ce que c’est que le véritable challenge des allergies alimentaires ? Ne pas se décourager et prendre les choses comme elles viennent. À long terme, c’est la seule et unique solution pour rester sain d’esprit…
Vous avez vécu un challenge à un aliment ? Vous voulez partager votre expérience ? Vous avez un commentaire suite à cette chronique ? N’hésitez pas à nous écrire !
Julie La Rochelle
Jean-Sébastien Lord

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COMMENTAIRES :
comment arrivez-vous à garder votre sang froid et votre joie de vivre ?? je ne fesais que pleurer en lisant votre expérience sur le challenge ...
Mon fils de 10 mois a une allergie au lait ,aux oeufs et possiblement au poisson.. je me fais dire qu'il est petit et qu'il y a de fortes chances que ça disparaisse... bon c'est certain nous ne sommes pas rendu au challenge, mais je dois dire que c'est moi qui vit chaque jour avec la peur qu'un autre enfant le touche et je l'imagine déjà plus vieux, comment va-t-il composer avec tout cela ?
mes pensées sont avec vous et surtout avec Charles-Antoine.. j'espère qu.il ne vit pas trop difficilement de devoir se passer à nouveau d'arachides...
Chantal, maman de Tristan
Quelle force vous avez ton mari et toi, sans oublier Charles-Antoine! La lecture de ton article m'a touchée. L'énergie que vous avez consacrée à bâtir votre entreprise est stimulante et inspirante! Ta rencontre, sur la rue de Coulomb le printemps dernier, fut remplie de joie de vivre et d'espoir.
Merci d'être là! Tu apportes au monde un bonheur contagieux.
Céline
Nous aussi nous avons passé par plusieurs provocation ou challenge car mon fils compte beaucoup d'allergies alimentaire 7 pour être plus précise. La seule allergie que nous avons perdu depuis est celle du bœuf en Mai 2009.Votre intervention me fais un peu peur même si je savais que c'était possible, le plus grand problème à mes yeux avec les allergies est justement le fais que nous ne pouvons être sûr de rien, les allergies fluctues continuellement alors comment pouvons nous avoir confiance au résultats et surtout que l'allergie perdus reste ainsi!
Nous avons du soutien de l'allergologue de Qc, mais parfois les questions restent sans réponse!
Pour une médication par exemple ou les vaccins (le H1N1 par exemple), le tamiflu aussi nous demandons au médecin qui là prescrit pour savoir si mon fils de 5 ans peut le prendre sans danger celui-ci nous répond de s'informer au pharmacien ce que nous faisons, le pharmacien nous explique que selon ses informations il n'y à ni allergies croisées ni allergies alimentaires qui nous empêcherais de lui donner. Donc, nous rentrons à la maison vers 20h00 après 3h30 d'attente à l'urgence pour des symptômes grippaux, évidemment je relis les ingrédients du médicament pour m'assurer que celui-ci est sans danger!! À ma grande surprise je m'aperçois que le produit contient de la gélatine...pour quelqu'un qui vit avec un enfant allergique cet ingrédient me sonne une cloche! La gélatine peut-être originaire de la protéine bovine dont mon fils est allergique. J'appelle alors le pharmacien que ne trouve rien à se sujet il me dit donc que soit nous lui donnons en supervisant la réaction s'il y a ou nous attendons le lundi suivant pour avoir une réponse de la compagnie qui produit ce médicament, nous sommes donc samedi soir le délais pour avoir la réponse est de 2 jours et pour ce qui est du tamiflu(comme le médecin nous la préciser) plus il est pris tôt plus sa veut la peine qu'il soit pris.
Suite à cette histoire et beaucoup d'autre que je pourrais vous racontez, vivre avec des allergies se n'est vraiment pas évident et les allergies sont en continuelle augmentation dans la population! Et nous sommes plusieurs dans ce même bateau!!
Merci pour votre écoute!
Marie Hélène maman de Zachary 5 ans

Bonjour Julie et Jean-Sébastien,
Nous avons vécu une situation similaire, sauf que notre fils a réagit à la dernière dose du défi. Quelle déception! Ce n'est que partie remise et nous nous demeurons positifs que la prochaine fois sera la bonne!
Julie, maman de Grégoire, bientôt 2 ans, allergique à la protéine laitière.
p.s. merci pour vos produits. Grégoire mangera du gateau pour la première fois à la garderie cette semaine, pour célébrer son deuxième anniversaire. Le plus merveilleux est que c'est la première fois qu'il partagera la même nourriture que ses compagnons, et c'est grâce à un de vos gâteaux!


